Des dizaines de milliers de manifestants ont réclamé la libération de l’opposant Alexeï Navalny dans une centaine de villes russes samedi, un mouvement d’une rare ampleur dans l’histoire récente de la Russie. Les forces de l’ordre ont arrêté plus de 3000 personnes et ont utilisé la force pour disperser les rassemblements.Des agents des forces de l'ordre se tiennent devant les participants au cours d'un rassemblement en soutien au leader de l'opposition russe Alexeï Navalny, à Saint-Pétersbourg.© ANTON VAGANOV/Reuters Des agents des forces de l’ordre se tiennent devant les participants au cours d’un rassemblement en soutien au leader de l’opposition russe Alexeï Navalny, à Saint-Pétersbourg.

Les rassemblements de Moscou et de Saint-Pétersbourg ont tous deux réuni quelque 20 000 participants. Des heurts sont survenus à plusieurs reprises dans la capitale, alors que les policiers frappaient à la matraque des manifestants qui leur jetaient généralement des boules de neige, mais aussi d’autres projectiles.

Les forces antiémeute ont arrêté au moins 1167 personnes à Moscou et plus de 460 à Saint-Pétersbourg, selon l’ONG spécialisée OVD Info, qui a comptabilisé 3228 arrestations sur l’ensemble du territoire russe. La police russe n’a pas fourni de données sur les arrestations.Des agents des forces de l'ordre s'emparent d'un homme lors d'un rassemblement de soutien au leader de l'opposition russe Alexeï Navalny.© MAXIM SHEMETOV/Reuters Des agents des forces de l’ordre s’emparent d’un homme lors d’un rassemblement de soutien au leader de l’opposition russe Alexeï Navalny.

La femme d’Alexeï Navalny, Ioulia, a été arrêtée dans la manifestation de Moscou. Elle a été libérée quelques heures plus tard. La police de Moscou avait arrêté jeudi trois alliés de l’opposant en amont des mobilisations, dont deux ont ensuite été emprisonnés pour des périodes de neuf et dix jours.

L’Union européenne et les États-Unis ont aussitôt condamné la répression de ces manifestations. «Les États-Unis condamnent fermement l’emploi de méthodes brutales contre les manifestants et les journalistes cette fin de semaine», a affirmé la nouvelle administration du président Joe Biden par voie de communiqué.

Le Canada s’est dit «profondément préoccupé par la détention de manifestants et de membres des médias», plus tard en soirée sur Twitter, et exhorte les autorités russes «à respecter les droits de la personne et à libérer immédiatement les personnes détenues».

Une impasse stratégique pour le Kremlin

Cette contestation survient à quelques mois des législatives prévues à l’automne, sur fond de chute de popularité du parti de Vladimir Poutine, Russie unie.

Le nombre important de manifestations, dans des villes où les températures sont descendues aussi bas que -50 degrés Celsius, ont mis en évidence l’influence de Navalny, qui va bien au-delà des grands centres politiques et culturels du pays.Le leader de l'opposition russe Alexeï Navalny est escorté par des officiers de police après une audience au tribunal, à Khimki, près de Moscou, le 18 janvier 2021. © EVGENY FELDMAN/MEDUZA/Reuters Le leader de l’opposition russe Alexeï Navalny est escorté par des officiers de police après une audience au tribunal, à Khimki, près de Moscou, le 18 janvier 2021.

Ce large soutien place le Kremlin dans une impasse stratégique : les autorités ne comptent pas faire marche arrière en libérant Alexeï Navalny, mais le garder en détention risque de susciter davantage de critiques de la part de l’Occident.

Les Nations unies plusieurs pays occidentaux ont condamné la détention d’Alexeï Navalny et demandé sa libération immédiate. Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne devraient débattre, lundi à Bruxelles, de nouvelles sanctions économiques à l’encontre de la Russie.

Les législateurs européens ont déjà adopté, jeudi, une résolution demandant à l’Union européenne l’arrêt de la construction du gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne, en réponse à l’arrestation de Navalny.

Appel à la protestation sur les réseaux sociaux

Placé en détention jusqu’au 15 février au moins et visé par plusieurs procédures judiciaires, Alexeï Navalny, 44 ans, a été appréhendé le 17 janvier, dès son arrivée à Moscou de Berlin, après cinq mois de convalescence à la suite d’un empoisonnement dont il accuse le Kremlin. Il affirme avoir piégé au téléphone un agent des services secrets qui aurait participé à son empoisonnement.

Les autorités russes rejettent l’ensemble de ces accusations, qualifiant l’opposant et son entourage d’«escrocs».Selon Alexeï Navalny, cette propriété appartient à Vladimir Poutine et a été construite au coût de 1,3 milliard de dollars américains (ou 1,6 milliard de dollars canadiens) grâce à un système de corruption élaboré impliquant les proches du président russe.© YouTube/Navalny Life/Associated Press Selon Alexeï Navalny, cette propriété appartient à Vladimir Poutine et a été construite au coût de 1,3 milliard de dollars américains (ou 1,6 milliard de dollars canadiens) grâce à un système de corruption élaboré impliquant les proches du président russe.

Son appel à porter le combat de l’opposition dans la rue a été accompagné d’une enquête vidéo, visionnée plus de 70 millions de fois depuis mardi sur YouTube, dans laquelle il accuse Vladimir Poutine de s’être fait bâtir pour un milliard d’euros une fastueuse demeure privée au bord de la mer Noire.

Le gendarme russe des télécommunications Roskomnadzor a menacé d’amendes les plateformes TikTok et VKontakte (VK), l’équivalent russe de Facebook, où de nombreux appels à manifester avaient été relayés.

CBC/Radio-Canada

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