Le premier ministre Justin Trudeau s’est abstenu vendredi de préciser pourquoi il ne donne pas son appui à la levée temporaire des droits de propriété intellectuelle sur les vaccins contre la COVID-19, maintenant défendue par les États-Unis ainsi que par l’opposition aux Communes et même pas des membres de son propre gouvernement.

«Nous accueillons favorablement le changement de position des Américains», a déclaré le premier ministre, en conférence de presse à Ottawa, sans toutefois aller plus loin.

Pressé de questions par les journalistes, M. Trudeau a maintenu l’ambiguïté et a répété plusieurs fois que le Canada discute de «différentes propositions» qui sont sur la table avec les pays de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) – l’instance où sera prise la décision finale à ce sujet – qu’il a «les manches retroussées» et qu’il travaille à trouver «la bonne solution» qui fera «consensus».

Le Canada participe à ces pourparlers depuis sept mois.

Invité très directement par une journaliste à dire ce qui lui fait «peur» dans le projet de lever les brevets des vaccins – la possibilité de quelconques représailles de la part des compagnies pharmaceutiques, par exemple –, M. Trudeau n’a pas véritablement donné d’explications, mais il a laissé entendre qu’il voyait le Canada comme un médiateur.

«On n’est pas en train de bloquer quoi que ce soit», a-t-il assuré, ajoutant que le Canada n’est dans ce cadre qu’«un pays parmi tant d’autres» et que chacun a une «perspective» qui lui est propre.

«Notre voix se fait entendre», a clamé pour sa part la ministre de la Petite Entreprise, de la Promotion des exportations et du Commerce international, Mary Ng. Elle n’a pas non plus précisé ce que dit cette voix.

Mais la ministre Ng avait dit plus tôt dans la journée que le «gouvernement croit fermement en l’importance de la protection de la propriété intellectuelle et reconnaît le rôle essentiel qu’a joué l’industrie dans l’innovation visant à mettre au point et à fournir des vaccins contre la COVID-19 qui sauvent des vies».

C’est aussi l’argument qu’a évoqué la chancelière allemande Angela Merkel, qui a cependant affiché plus clairement son opposition à la suspension des droits de propriété intellectuelle sur les vaccins.

Le gouvernement du Canada avait annoncé jeudi son intention de participer aux discussions sur la possible suspension des brevets, une idée avancée par l’Afrique du Sud et l’Inde et appuyée cette semaine par le président américain Joe Biden, puis par ses homologues français et russe, Emmanuel Macron et Vladimir Poutine.

L’opposition unanime

Soixante-cinq députés de toutes les formations, dont la moitié du Parti libéral, ont réclamé dans une lettre adressée cette semaine à M. Trudeau que le Canada joigne sa voix à celles qui demandent une suspension de droits.

«Il faut éliminer tous les obstacles potentiels à l’accès rapide de produits médicaux contre la COVID-19, y compris les vaccins et les médicaments, et accélérer la fabrication et la fourniture de produits médicaux essentiels», plaide la missive des parlementaires. «Or, il ne fait aucun doute que la propriété intellectuelle représente un obstacle significatif à cet égard.»

Le chef conservateur Erin O’Toole a aussi déclaré vendredi être en faveur de la levée de cet «obstacle», signalant qu’il était «important» pour lui «d’être clair».

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh avait exprimé la même position il y a quelques jours.

Et le Bloc québécois avait déposé jeudi une motion également en ce sens. Les libéraux se sont opposés à son adoption.

Aide aux pays moins favorisés

Justin Trudeau a par ailleurs annoncé une nouvelle contribution de 375 millions de dollars du Canada au Dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la COVID‑19 (Accélérateur ACT), un partenariat mondial visant à aider les pays à revenu faible et moyen de développer, de produire et de distribuer des tests diagnostiques, des thérapies et des vaccins.

L’Accélérateur ACT réunit des gouvernements, des organisations du domaine de la santé, des entreprises et des organismes philanthropiques.

«À l’échelle internationale, le Canada a toujours été un ardent défenseur de l’accès équitable aux vaccins et aux fournitures médicales», a soutenu le premier ministre. «Nous avons mobilisé plus de 2,5 milliards de dollars en réponse à la COVID-19, faisant de notre gouvernement l’un des principaux contributeurs aux efforts mondiaux.»

«Nous savons que nous ne pourrons vaincre le virus ici au pays que si nous l’éliminons partout», a-t-il insisté.

Le Canada continuera néanmoins de puiser dans les vaccins de l’initiative COVAX, pourtant créée pour garantir que les pays moins fortunés aient accès aux vaccins.

M. Trudeau a estimé que, comme le Canada y a beaucoup contribué, il est normal qu’il puisse se servir.

Il a de plus indiqué que son gouvernement a entrepris dans les dernières semaines de mettre davantage de tests de dépistage rapide de la COVID-19 à la disposition des petites et moyennes entreprises.

Cette mesure permettra de rendre les lieux de travail plus sûrs et de limiter encore la transmission communautaire, d’après lui.

La Presse Canadienne

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