Vingt ans après la loi Taubira : la mémoire esclavagiste…

En Argentine, pays latino que certains s’amusaient à peindre comme un état exclusivement « blanc », mises à part quelques tribus indiennes sévèrement balafrées par les Conquistadors, a émergé, depuis un demi-siècle, la figure de Maria Remeidos del Valle, une afro-argentine du XIX ème siècle, plus connue sous le pseudonyme de « Mère de la nation ». Cette femme, fille d’une captive yoruba enlevée au royaume du Danhomè et vendue à un riche propriétaire terrien, est devenue capitaine de l’armée, après avoir combattu aux côtés des indépendantistes. Le 8 novembre de chaque année, date anniversaire de sa mort, l’Argentine commémore ses exploits non pas seulement en tant qu’afro-argentine, mais tout simplement comme figure héroïque de la femme combative. La « Mère de la nation » a eu une vie quasi-romanesque: mariée très jeune, elle a perdu enfants et époux, a rejoint les indépendantistes et a mené, à leurs côtés, quatre grandes batailles ayant abouti à la libération du pays. Démobilisée après l’indépendance, elle s’est retrouvée sans le sous, sans abri, mendiant dans les rues de Buenos aires. Mais elle sera récupérée, puis réhabilitée. La « Mère de la nation » est, toutes proportions gardées, la version féminine de Toussaint Louverture.

Je rappelle ce fait eu égard à la commémoration, le 21 mai 2021, des vingt ans de la loi Taubira qui reconnait l’esclavage comme « crime contre l’humanité ». On a en mémoire le réquisitoire émouvant de la députée guyanaise à l’assemblée nationale française le 10 mai 2001. Rapporteuse de la loi, l’égérie de la gauche et des causes humanistes a fait une de ces sorties passionnées et solennelles qui mêlent poésie, envolées lyriques et discours sur l’antériorité des lois humaines sur la racialisation des hommes et des catégories sociales.

En plaidant cette cause, Christiane Taubira visait un but: que l’histoire de l’esclavage soit connue des Français, que l’humanité des victimes soit réhabilitée et que plus jamais un homme, quel qu’il soit, ne soit esclavagisé. Car l’esclavage et son corollaire, le racisme, sont pluriels et leurs déclinaisons perverses se manifestent tous les jours, souvent de manière subtile et sournoise, parfois de façon frontale.

Hélas, vingt ans après, les progrès, dans ce domaine, semblent avoir marqué le pas aussi bien sous les cieux gaulois qu’ici, dans nos proximités géographiques. Et même en France, on a l’impression qu’aucune mère, père ou frère de…, n’émergera de l’histoire pour porter et symboliser cette humanité éclairée. Tristesse. Comme le disait Césaire, » l’humanité de l’homme n’a jamais aussi souffert ».

Florent Raoul Couao-Zotti

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